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Réouverture des établissements scolaires le 11 mai: c’est non!

Publié par le 24 Avr, 2020

Annonce de la réouverture des établissements scolaires le 11 mai : l’improvisation du gouvernement met en danger la santé des personnels, des élèves et de leurs familles. Pour la CGT Educ’action de l’Ain, c’est non !

La région Auvergne Rhône Alpes est l’une des régions de France les plus à risque dans la crise sanitaire que nous vivons. Les cafés, restaurants, lieux de culture étant maintenus fermés, les rassemblements interdits, les déplacements limités et contrôlés, le gouvernement prend acte d’une situation de danger persistant sur l’ensemble du territoire. Pourtant, malgré la situation toujours préoccupante de notre région et de notre pays concernant la vitesse et l’ampleur de la propagation du virus, le gouvernement a annoncé la réouverture progressive des écoles dès le 11 mai, ce qui a suscité l’inquiétude des personnels de l’Éducation nationale, des collectivités territoriales, des élèves et des familles.

Quelle logique y a-t-il à garder les restaurants fermés tout en ouvrant les cantines scolaires ? A empêcher les rassemblements mais à permettre le brassage de plus de 12 millions d’élèves, en contact avec leurs parents (parfois à risque) et les personnels ? A limiter les déplacements à l’intérieur des départements alors que, dans l’Ain, de nombreux personnels viennent travailler en habitant dans le Rhône, département le plus touché de la région ? Sans parler des élèves internes qui dans les zones rurales de notre département vivent fréquemment loin des établissements où ils/elles sont scolarisé·es et dont ils/elles repartiront le week-end, parcourant ainsi de longues distances. Quid, d’ailleurs, des élèves internes qui sont scolarisé·es dans un établissement qui n’est pas celui où ils/elles ont leur chambre d’internat ? Les possibilités de propagation du virus seront multipliées alors que le département est un « désert médical » où l’accès aux soins est de plus en plus compliqué, alors que les services de réanimation sont toujours saturés, les soignant·es épuisé·es, et alors que la sécurité sanitaire des salarié·es appelé·es à reprendre le travail n’est pas assurée.

La CGT Educ’action a une conscience aiguë des inégalités sociales en matière d’accès à l’éducation, inégalités qu’elle dénonce depuis de nombreuses années, en exigeant des moyens pour un service public de qualité, et des moyens renforcés dans les quartiers populaires. Ces inégalités, aggravées par les politiques menées ces dernières années, se creusent évidemment dans cette période de confinement : de nombreux enfants n’ont pas accès aux moyens ou à des conditions correctes pour un enseignement à distance qui par ailleurs n’est qu’un pis-aller. Le ministère de l’Education et les autorités rectorales ont été incapables d’assurer la logistique permettant d’assurer l’égalité face à cette situation, s’en remettant à la bonne volonté et à la débrouille des équipes éducatives, à qui aucun matériel n’a par ailleurs été fourni. Nous avons dénoncé cet état de fait. Dans les écoles accueillant les enfants de soignant·es, il a fallu plus de 4 semaines pour que les personnels volontaires assurant l’accueil soit équipées de masques et de gel hydroalcoolique !

Nous comprenons les difficultés des familles face à la fermeture des écoles, et dénonçons particulièrement l’absence de maintien de l’intégralité du salaire pour les personnes arrêtées pour charge d’enfants. Mais la réouverture des écoles, dans les conditions réelles dans lesquelles elle est improvisée par le gouvernement, ne contribuera en rien à la réduction de ces inégalités sociales : en réalité, elle exposera plus encore les classes populaires, déjà particulièrement touchées, au risque épidémique : déjà exposées au travail, par le maintien d’activités parfois non essentielles, les familles le seront d’autant plus parce que, contrainte de mettre leurs enfants à l’école sans que les conditions soient réunies, elles seront en première ligne de nouveaux foyers de contamination.

Nous dénonçons donc l’hypocrisie du gouvernement qui, plutôt que de fermer les activités non essentielles, assurer des moyens de protections adéquats, réorganiser l’appareil productif pour mener la « bataille antivirale » par la création massive de matériel médical, entend en réalité faire la politique du MEDEF qui ne voit dans l’école qu’une garderie pour « remettre les salariés au travail », quel qu’en soit le prix sanitaire. Le vernis social qu’il tente de donner à sa politique cynique ne doit tromper personne.

Comment imaginer que des enfants de maternelle respecteront les règles de « distanciation sociale » ? Quand l’école est incapable d’empêcher la transmission de poux en temps ordinaire, qu’il n’y a pas de savon dans les toilettes, qui peut croire qu’elle ne favorise pas l’apparition de nouveaux « clusters » ? Comment imaginer que les élèves plus âgé·es pourront respecter ces règles, même avec la meilleure volonté, dans les cars de transport scolaire souvent bondés ?

Nationalement, la CGT Educ’action est claire et appelle à la responsabilité du gouvernement en lui demandant de ne pas rouvrir les établissements scolaires le 11 mai. Dans l’académie de Lyon, nous interpellons le recteur et le DASEN et appellerons à leur prise de responsabilité pour ne pas mettre en danger les élèves et personnels dans cette région déjà des plus touchées par la pandémie. La réouverture improvisée ne peut que conduire à une deuxième vague épidémique encore plus meurtrière que la première. La responsabilité des dommages de cette vague reposera entièrement sur le gouvernement, et le MEDEF qui fait pression pour la réouverture anticipée des écoles.

La reprise ne peut se faire qu’avec un maximum de garanties et de sécurité. Cela implique notamment :

  • Le constat d’une baisse massive du nombre de cas. C’est loin d’être encore le cas.
  • La mise en place d’une politique systématique de tests pour les personnels et les élèves réputées fréquemment asymptomatiques, conformément aux recommandations de l’OMS et du CHSCT Ministériel.
  • La fourniture de matériel de protection (gel hydroalcoolique, gants et masques de santé etc…) en quantité suffisante pour les agentes (qu’ils/elles relèvent de l’Education nationale ou des collectivités territoriales) et les élèves (soit 3 par jours et par personnes).
  • La désinfection régulière des écoles, services et établissements scolaires dans le respect de la santé de leurs agentes, la fourniture de matériel de protection pour les agent·es d’entretien, les ATSEM.
  • La diminution des effectifs par classe, pour permettre la distanciation sociale pour l’ensemble des niveaux et pour tous les lieux fréquentés par les élèves et les personnels.
  • Le maintien des autorisations d’absence pour les personnels particulièrement vulnérables (tranches d’âges et conditions de santé facteurs de surmortalité).
  • La prise en compte de la situation des personnels (AESH, CUI…) pour lesquels cette distanciation n’est pas possible.

La CGT Educ’action de l’Ain prendra toutes ses responsabilités pour garantir la protection des personnels, des usagers. Si nécessaire, elle entend utiliser tous les moyens à sa disposition : droit d’alerte, plainte pour « mise en danger de la vie d’autrui », préavis de grève dans l’éventualité où les droits de retrait seraient refusés par l’employeur.

Communiqué non à la reprise – AIN

QUE FAIRE D’ICI LE 11 MAI – adapté Ain

Modèle courrier aux chef-fes