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 FAQ - Pourquoi et comment faire grève ? Quelles conséquences ?

 

Faire grève n’est pas anodin, c’est un geste politique. De nombreuses questions se posent souvent avant de sauter le pas. Voici nos réponses [1].

Est-ce que ma grève est utile ?

- OUI.

Plus il y a de salarié·es et fonctionnaires en grève le même jour, plus rapidement on pourra gagner sur les revendications, plus on pourra réhabiliter nos qualifications, nos responsabilités et/ou exiger leur reconnaissance y compris par le salaire.

Pour qu’une mobilisation sociale paie, il faut qu’elle se transforme en grève. C’est un moyen d’imposer nos revendications au patronat et au gouvernement.

Est-ce que faire grève permet vraiment de gagner des choses ?

- OUI.

D’une façon générale, malgré les idées reçues, la grève paye, c’est prouvé. Il y a des exemples récents de victoires totales ou partielles :

  • Dans l’éducation, malgré une grossière tentative d’opposition de la droite et de l’extrême droite via un amendement de suppression et le discours mensonger du ministre de l’Éducation nationale, après de nombreuses journées de mobilisation, le 29 novembre 2026 les député.es ont adopté à une très grande majorité un texte visant à la titularisation immédiate des AESH en poste puis sur concours, la création d’un statut catégorie B à temps complet de 24h accompagnement élève et une formation préalable de 1 an. Le Sénat doit adopter à son tour ce texte indispensable pour la reconnaissance des AESH, mais c’est une étape importante qui vient d’être franchie.
  • La grève du 15 septembre 2026 de 80% des travailleurs·ses de l’énergie leur a permis, en quelques jours, de repousser le projet du gouvernement de baisser leur niveau de vie.
  • La mobilisation historique contre la réforme des retraites en 2023 a contraint le gouvernement à la suspendre en 2025.
  • La grève du 5 décembre 2024 des fonctionnaires contre les 3 jours de carence leur a permis de gagner concrètement le recul du gouvernement sur cette mesure particulière.

Lorsqu’une mobilisation sociale d’ampleur contraint le gouvernement à réunir les syndicats pour apporter de premières réponses, il attend souvent de voir la réaction des travailleur.ses et si ils et elles "suivent" les syndicats sur leurs revendications. Sans mobilisation collective massive il n’y a pas de victoire.

Est-ce que la grève d’un personnel de l’éducation a un poids particulier ?

- OUI.

La grève a d’abord été un outil de lutte ouvrière, amenant à bloquer une production de façon à imposer des revendications aux propriétaires du capital. Elle s’est ensuite largement diffusée dans les professions non ouvrières [2]. L’origine ouvrière de la grève, cependant, fait que son poids est souvent sous-estimé dans les professions non ouvrières, y compris parmi ses propres acteurs et actrices.

Pourtant la grève des personnels de l’éducation a un poids spécial. Par le nombre, d’abord : avec plus de 1 million de personnes en activité en son sein, l’Éducation nationale est le premier employeur du pays. Aussi, même un faible pourcentage de grévistes dans nos professions représente un très grand nombre de personnes. De plus, les grèves dans notre branche ont un impact social considérable, du fait de la multiplicité des usager.es qu’elles touchent. Les grèves de l’éducation peuvent donc entraîner la grève d’autres secteurs, en particulier lorsqu’elles sont l’objet de la mobilisation conjointe des professionnels de l’éducation et des usagers et usagères. Enfin, il existe différents types de grève dans l’éducation qui ont différentes capacités de blocage ; mais il est dans tous les cas indéniable qu’une modulation généralisée de l’activité a des répercussions sur l’ensemble de la société, comme on a pu le constater pendant la période du Covid.

Catégories A : est-ce que je suis légitime à faire grève avec mon niveau de salaire ?

- OUI.

D’une façon générale, le salaire moyen des cadres et des professions intermédiaires a augmenté de moins de 1 % seulement en euros constants depuis 1996, contre 14 % pour l’ensemble des salarié·es (Insee). Le salaire moyen à l’embauche des diplômé·es de licence 3 et de master 2 a perdu respectivement 40 € et 200 € en euros constants entre 1997 et aujourd’hui (Céreq). Les cadres, plus diplômé·es, sont déclassé·es : seul·es 45 % des cadres estiment que leur évolution professionnelle est positive (ViaVoice, 2026).

Dans la fonction publique, en 25 ans, le point d’indice a perdu de l’ordre de 30 % de sa valeur. Le calcul en termes de perte de pouvoir d’achat mensuel est édifiant. Le pouvoir d’achat des fonctionnaires et des contractuel•les s’effondre du fait notamment du gel pluriannuel de la valeur du point d’indice, de l’arrêt du versement de la GIPA ou encore du jour de carence et de la baisse de 10 % de la rémunération versée aux agent•es qui sont en congé maladie ordinaire…

Les personnels de catégorie A ne sont pas des “privilégié·es”, à la différence des ultra-riches (millionnaires et milliardaires qui vivent de leur rente et non de leur travail). Pour ce qui concerne les enseignant.es en particulier, d’après l’OCDE, un enseignant en début de carrière en France gagne 2% de moins que la moyenne des pays de l’OCDE ; en milieu de carrière, il gagne 18 % de moins [3]. L’ensemble des agent.es de catégorie A subissent au même titre que les autres la baisse de leur niveau de vie du fait de l’explosion de l’inflation et de l’absence d’augmentation générale des salaires. C’est le moment de renvoyer à notre employeur sa responsabilité vis-à-vis du déclassement que nous subissons.

Agir par la grève c’est aussi refuser la mise en opposition stérile entre catégories socioprofessionnelles. Nous avons tous et toutes besoin de gagner l’indexation des salaires sur les prix, la reconnaissance de nos qualifications par le salaire, l’égalité salariale entre les femmes et les hommes. D’ailleurs, les femmes de professions intermédiaires et cadres subissent des écarts de rémunération plus importants que les autres catégories.

La grève est un moyen d’agir sur le travail et le processus de production. Elle permet de rendre visible notre utilité sociale.

Est-ce que ce n’est pas plus utile que je donne ma journée de salaire dans une caisse de grève ?

- NON.

La grève par délégation n’est pas souhaitable car elle laisse à penser qu’il y a des travailleurs·ses dont la grève pèserait plus que celle des autres et leur fait endurer seul·es les conséquences de la grève (notamment sur le déroulement de leur carrière, leur salaire, mais aussi sur leur droit à la retraite).

En cas de difficultés financières (du fait de la perte de salaire et de prime) : dans l’Ain, et dans l’Éducation Nationale, la CGT Educ’action 01 dispose de mécanismes de solidarité avec les plus précaires (AESH, AEd). Sur certaines mobilisations, elle a déjà mis en place des caisses de solidarité plus générales. Pour se syndiquer à la CGT Educ’action de l’Ain, c’est ici !

Est-ce que c’est utile de faire grève alors que je vais probablement devoir récupérer le travail les jours d’après ?

- OUI.

La répercussion du travail sur les heures perdues n’est pas autorisée.

Dans les services administratifs, parmi les assistant.es de service social scolaire... et aussi chez les enseignant.es, une journée d’absence se paie souvent cash en report de travail le lendemain. En plus de ne pas être payé·e, nous devons récupérer la charge de travail. Mais même sans bloquer la "production", la ralentir permet de massifier la grève et d’obtenir gain de cause plus vite en rejoignant les autres catégories professionnelles (ouvrier·es, employé·es).

Chaque fois que c’est possible, il faut redonner, collectivement de préférence, à l ‘employeur la responsabilité de la continuité de l‘activité lors de nos absences.

Est-ce que faire grève me place en conflit de loyauté vis-à-vis de ma direction ?

- NON.

Au contraire, faire grève permet d’être aligné·e avec des valeurs, cela permet aussi d’être reconnu·e dans son travail, de défendre sa responsabilité, son autonomie professionnelle. Vous faites vivre la responsabilité professionnelle au quotidien dans votre travail, vous pouvez la faire vivre également pour un projet social.

Est-ce que faire grève est utile à la démocratie ?

- OUI.

Faire grève n’est pas générer du chaos. Au contraire, c’est l’expression démocratique des salarié·es. Le droit de grève est un droit démocratique cité dans le préambule de la Constitution française. Le fait de faire grève est un élément de la démocratie qui permet de contrebalancer le pouvoir de la direction.

Et si je ne participe pas à la grève ?

Si vous ne participez pas à la grève vous pouvez :

  • Refuser de remplacer les grévistes
  • Ne pas “bricoler” une organisation du travail au risque d’exposer les autres salarié·es à des dangers réels
  • Ne pas pénaliser les grévistes au moment de leur entretien d’évaluation professionnelle

Puis-je être sanctionné.e si je fais grève ?

- NON.

On ne peut pas être sanctionné·e pour avoir fait grève. En période de grève, le pouvoir de sanction de l’employeur est levé. Toute attitude discriminante envers les travailleurs et travailleuses qui auraient fait le choix de faire grève est strictement prohibée.

Si le fait d’être en grève ne peut donner lieu à sanction disciplinaire, en revanche, la rémunération ne sera pas versée car elle n’est due qu’après service/travail fait. Voir + bas.

En cas de problème avec votre direction, contactez-nous à educationcgtain@orange.fr.

La meilleure dissuasion contre les tentatives de répression, cependant, c’est de faire vivre la grève comme ce qu’elle est : un acte collectif, voir plus bas.

Est-ce que je dois prévenir que je fais grève ?

- NON, sauf les PE

En principe, l’agent.e n’a pas à prévenir son administration ou employeur de sa décision de se mettre en grève avant que celle-ci ne débute. C’est à l’autorité ou à l’employeur concerné d’établir l’absence du travailleur lors de la grève. Cela peut se faire par divers moyens tel que le relevé des agent.es présent.es par le chef de service.

Cependant il existe de plus en plus d’exceptions. Certaines catégories de personnel ont un droit de grève limité par la loi afin d’assurer un "service minimum". Cela concerne, par exemple, les agents hospitaliers, les agents de la navigation aérienne et les agents du service public de l’audiovisuel. Ces limitations constituent des atteintes au droit de grève des fonctionnaires.

Pour les enseignant.es de l’Éducation nationale, dans le premier degré (maternelle et élémentaire), depuis 2008 et l’instauration du "Service Minimum d’Accueil" (SMA), obligation est faite pour chaque enseignant.e de déclarer son intention de prendre part à la grève au moins 48h comprenant au moins un jour ouvré avant de participer à la grève. La charge du service d’accueil, dans les écoles publiques, normalement assurée par l’État, mais lorsque le taux de grévistes est important (plus de 25% du nombre des enseignants de l’établissement), elle incombe à la commune. A noter : déclarer une intention de grève n’est pas encore faire grève. Il est en effet toujours possible de changer d’avis. Aussi, il est possible de déclarer une intention de grève sur plusieurs jours et de n’en faire effectivement que certains.

Est-ce que je peux faire grève seulement 2h ?

- OUI ET NON.

L’heure de début et de fin de la grève : en règle général, le préavis prévoit un jour et une heure de début et de fin communs à tous les travailleurs, mais ces derniers commencent la grève lorsqu’ils et elles le souhaitent, pourvu que la période de grève reste dans la période prévue par le préavis déposé. Les travailleurs et les travailleuses ne sont pas tenu.es de cesser le travail pendant toute la durée indiquée par le préavis : ils ou elles peuvent faire grève sur une période plus courte que ce qu’il prévoit. + d’infos ici

Cependant, dans l’Éducation nationale, au contraire de la plupart des autres secteurs professionnels, participer à une journée de grève implique obligatoirement le retrait d’1/30ème du salaire ou traitement (1 jour), quelle que soit la durée du travail prévue et même si vous avez travaillé une partie de la journée.

A noter : historiquement, les conflits les plus longs, lorsqu’ils sont victorieux, se sont accompagnés de négociations de sortie de crise qui ont parfois permis de limiter les retraits de salaire. Voir + bas.

AEd : le cas particulier des prises de service en internat :

Le préavis prend en compte les horaires décalés. Il inclut, vu que la grève court sur 24 heures, les personnels « effectuant les nuitées en amont et en aval de celle-ci ». Il ne s’agit en aucun cas cependant de quitter son poste à minuit ou de faire grève sur deux nuits qui seraient décomptées comme deux jours de grève. Voir nos explications plus complètes ici.

Combien de salaire je perds ?

La déduction de traitement ou de salaire concerne la rémunération de base ainsi que toutes les primes. Sont en revanche exclus de la retenue les avantages familiaux et les indemnités liées au logement.

Pour les agent.es de l’État, la retenue se fait selon la règle du trentième indivisible. Pour chaque journée ou même pour chaque fraction de journée non travaillée, 1/30ème du traitement mensuel est retenu. Ainsi, si vous avez été absent.e pour grève quelques heures ou une journée, 1/30ème du traitement sera retenu.

Tous les jours compris dans la durée de la grève sont retenus (ainsi, si vous faites grève du lundi au lundi suivant, les journées du samedi et du dimanche vous seront retenues). Cela est valable pour les week-ends, les RTT, les jours fériés etc. Selon la même logique, un agent à temps partiel devant travailler par exemple le lundi et le mardi puis le jeudi et le vendredi mais s’étant déclaré gréviste du lundi au vendredi se verra déduire 5x1/30ème de son traitement. Autrement dit, l’arrêt dit "Omont" (retrait de salaire du week-end) ne s’applique QUE si vous êtes en grève le DERNIER jour de votre semaine de travail ET le PREMIER de la suivante.

En principe, les cotisations sociales et retraite au titre des heures de grève ne sont pas versées aux caisses collectrices, ce qui signifie que les heures de grève ne sont pas prises en compte pour les droits à la retraite.

Dans tous les cas, la mention « grève » ne doit jamais être indiquée sur le bulletin de paie. Une autre mention doit figurer comme « service non fait » ou « service non rémunéré » pour les agents publics, ou « absence non rémunérée » pour les salariés du privé.

Négociations de fin de conflit : pour les agentes et agents publics, il n’existe juridiquement aucun texte sur le paiement des jours de grève, ce dernier étant le résultat des négociations obtenues localement entre l’employeur et les organisations syndicales. Il est bien évident que suivant le rapport de force, l’issue de la négociation sera plus ou moins probante, mais cette question doit quoiqu’il en soit être toujours posée lors des conditions de reprise du travail à l’issue d’un conflit social. Les négociations peuvent également aboutir à un étalement des retenues du traitement ou salaire.

Quels sont les effets sur l’avancement d’échelon et de grade ?

Les périodes de grève sont sans effet sur les droits à l’avancement de grade ou d’échelon.

Est-ce que je peux être réquisitionné.e ?

- QUASIMENT JAMAIS.

La réquisition oblige les travailleurs grévistes à reprendre leur travail. Dans la fonction publique comme dans les entreprises privées, les salariés/agents grévistes peuvent être réquisitionnés uniquement par le préfet. Cette réquisition est strictement encadrée par la loi.

Sur la forme, la réquisition doit être prise par un arrêté préfectoral, qui doit être motivé et contenir différentes mentions obligatoires (nature des prestations requises, durée de la réquisition, modalités d’application).

Par ailleurs, la réquisition doit être justifiée par l’urgence, et une atteinte à l’ordre public. Elle doit être proportionnée et ne peut pas être décidée lorsqu’il existe d’autres alternatives. De même, lorsque les salarié.es/agent.es non grévistes sont en nombre suffisant pour assurer le maintien de l’ordre public, les réquisitions ne sont pas possibles. La réquisition ne peut ainsi pas avoir pour effet de mettre en place un service normal.

Il est possible de saisir le juge administratif pour faire cesser en urgence une réquisition illégale.

Réquisition, désignation... Pour en savoir plus, c’est ici.

Si je fais grève, je suis obligé.e d’aller en manif ?

- NON MAIS C’EST MIEUX

La manifestation permet de visibiliser la grève et de la faire connaître au-delà du collectif de travail. Aussi, il est utile de faire les deux !

Le départ en manifestation peut se faire collectivement, avec les collègues de son lieu de travail. Il peut y avoir une préparation collective de ce départ, en amont de la manifestation : réalisation d’une banderole établissement / école / service, de pancartes ensemble par exemple.

Si la manifestation ne se suffit pas à elle-même, elle reste un espace d’échanges et de sociabilité militante précieux. Nouveaux et nouvelles syndiqué.es, futur.es syndiqué.es : ne pas hésiter à aller réclamer aux camarades mandaté.es pour veiller à cet aspect du matériel visibilisant dans la manifestation même (chasuble, drapeau, badge...), et d’une façon générale, à déambuler avec les camarades.

Problèmes de locomotion : contactez-nous en amont pour que nous puissions trouver une solution pour vous ! à educationcgtain@orange.fr

La grève est un acte collectif : contactez-nous !

Y compris à l’occasion d’un appel interprofessionnel à la grève, la CGT Educ’action de l’Ain peut remettre des revendications locales à l’employeur. Vous pouvez aussi échanger avec vos collègues sur vos revendications. Ne restez pas seul·e, contactez-nous pour être accompagné·e.

Visuel : repris du site de l’UGICT CGT.


[1] (Librement inspirées de l’article Pourquoi et comment faire grève de nos camarades de l’UGICT CGT) comme de l’article Grève dans le secteur public : modalités et droits de la CGT, reproduit ici sur notre site

[2] "Si la grève s’est affirmée comme un moyen de lutte central dans les relations que les ouvriers entretiennent avec les propriétaires du capital, cette forme d’action collective a initialement, malgré sa reconnaissance légale ou de fait, peu concerné les autres activités professionnelles salariées, particulièrement celles relevant de la fonction publique –notamment les enseignants–, soit en raison d’une interdiction spéciale appliquée à ces groupes, soit en raison d’une réticence idéologique provenant d’eux. [...] Mais ensuite, par l’effet d’une sorte de retournement, il est manifeste que le phénomène gréviste s’est peu à peu diffusé, très largement hors de sa sphère culturelle ouvrière d’origine". André Désiré Robert, Jeffrey Tyssens, "Pour une approche sociohistorique de la grève enseignante", Education & sociétés, 2007/2 n°20, p. 5 à 17.

[3] Djéhanne Gani, "Salaires enseignants : la France décroche, l’OCDE confirme", Le Café Pédagogique, 16 octobre 2026. https://www.cafepedagogique.net/2026/10/16/salaires-enseignants-la-france-decroche-locde-confirme/